Analyse socio-discursive de la série TV : South Park

Petite Introduction pour ceux qui ne connaissent pas la série :
Depuis une vingtaine d’année, on voit apparaître sur les écrans américains, puis sur les écrans français (d’abord sur Canal+ en crypté puis sur M6 et W9), de drôles de séries animées. Leurs genèses commencent avec le succès international des « Simpsons ». Celui-ci enfantera d’autres concepts, au sein du même genre qu’est la série d’animation satirique Etats-Unienne, comme « Family guy » ou « South Park ». Ces derniers, ne voulant plus être sur le créneau d’un public familial multi-âge comme leur ancêtre, pousseront le concept afin de se centraliser sur un public strictement mature ou tout du moins plus adulte.
South Park est donc une série animée pour adulte, réalisée par Trey Parker et Matt Stone, qui a su se faire connaître auprès du plus grand nombre avant même d’être regardée. Par cela on entend qu’un buzz sans précédent eut lieu à l’aube de sa diffusion sur Comedy networks en 1997 aux Etats-Unis. Il en va de même en France où la série a su trouver un écho dans les nombreux journaux Télévisés alors que celle-ci était diffusée en cryptée sur Canal + à l’époque. S’intéresser à une série comme « South Park », c’est s’intéresser à un genre encore rare à la télévision mais en voie d’un développement certain : le dessin animé satirique pour adolescents et jeunes adultes.
Ainsi, Comment South Park a su, à travers son dispositif, trouver son public mais aussi faire couler tant d’encre?
En premier lieu nous verrons le contexte particulier dans lequel s’ancre cette série. Puis nous nous livrerons à une analyse de la production langagière et du dispositif, et enfin nous essaierons de détailler et de décrire la réception des publics favorables et défavorables au programme.
Grand Un : Le contexte changeant, une série changeante : Au travers des 12 saisons de « South Park »
La chaîne et les réalisateurs :
Avant de parler de la naissance de South Park, il est nécessaire de parler de la première chaîne à l’avoir produite et diffusée puis de parler de ses réalisateurs.
Il est souvent facile de caractériser une émission par rapport à la chaîne qui la diffuse. Le cas de « South Park » est sensiblement différent. Tout d’abord car celle-ci est diffusée pour la première fois en 1997 sur Comedy Network, une petite chaîne du câble américain. Cette chaîne prend naissance avec la fusion entre Comedy Channel de Time Warner et Ha ! de Viacom, le premier Avril 1991, deux chaînes qui misent sur le divertissement comique. Cette chaîne commencera à trouver ses marques avec l’émission « politically incorrect » présentée par Bill Maher puis le célèbre « Daily Show », sorte de satire parodiant le journal télévisé américain. Toutefois, malgré avoir trouvée ses marques et un public restreint mais fidèle, la chaîne ne connaîtra qu’un réel décollage de son audience et de sa notoriété, avec la diffusion de South Park en 1997. Cette diffusion la démarque d’ailleurs des « grandes chaînes » du câble, car elle est alors la première à diffuser du « mature content ». « South Park » devient alors, non plus un simple maillon de réponse à une ligne éditoriale précise, mais un des principales maillons constituant la ligne éditoriale de la chaîne. La chaîne qui la diffuse devient alors « la chaîne diffusant South Park ».
L’histoire personnelle des réalisateurs de la série est aussi très liée à la production de la série. Tout d’abord ces deux réalisateurs, Trey Parker et Matt Stone, se rencontrent à l’université du Colorado où ils conjuguent leurs talents de musicien (Trey Parker possède d’ailleurs un master en musicologie), de cinéaste (ils suivent tout deux un cursus de cinéma à cette même université) et de scénariste. Après un petit projet étudiant nommé « the spirit of Christmas : Jesus vs Frosty » qui attire l’attention d’un producteur, Brian Graden, qui décide de leur commander un court-métrage d’animation qu’il enverra en guise de carte de vœux à ses collègues. Ces deux petites animations, qui portent déjà les bases fondamentales de la série en son sein, vont créer un buzz dans le milieu professionnel et vont porter les deux réalisateurs à une place de choix pour mettre au point leurs projets. Il est intéressant, aussi, de se pencher sur les réalisations précédentes de Trey Parker qui n’en est pas à son premier coup d’essai en matière de réalisation. En 1996, il réalise deux longs métrages, « Cannibal ! The musical » puis « Capitaine Orgazmo » dans lesquelles on distingue déjà l’humour particulier que l’on retrouvera dans « South Park ».
Analyse diachronique de la série :
Néanmoins, « South Park » n’est pas une production complètement originale, elle s’inscrit dans une tendance de programmation commencée avec les Simpsons. Mais contrairement à ce dernier, « South Park » n’est pas dans une stratégie « tout âge » mais dans une stratégie à « mature content ». Il faut aussi remarquer que la notoriété de ces deux séries, fera naître une concurrence féroce avec l’apparition de nouvelles comme « Family Guy », « Daria », « Futurama » etc. . Dans ce contexte, on verra apparaître de nombreuses situations intertextuelles entre les différentes séries. Nous y reviendrons dans la dernière partie traitant, en partie, de l’intertextualité.

D’ailleurs, certaines séries connaissent plus de succès que d’autres, c’est le cas de « South Park » qui s’inspire des « Simpsons » mais s’en détache suffisamment pour trouver son public. De plus, au fur et à mesure du temps, les « Simpsons » sera de plus en plus « un programme familial » alors que « South Park » traitera de plus en plus de sujets sensibles et fortement politisées (les minorités, la sexualité, la politique étrangère des Etats Unis…). Celle-ci qui se contentait de raconter, dans la première et deuxième saison, des histoires d’enfants accompagnées de blagues scatologiques, se verra donc greffer, au fur et à mesure des saisons, des personnalités connues et des sujets de plus en plus sensibles. On peut trouver des premières traces « d’apparition en masse » de stars américaines dans la saisons 2 (Episode 14 de la saison 2 : « Chef Aid »)et c’est à partir de la saison 6 que des sujets très sensibles apparaissent (Episode 02 de la saison 6 : « Jared a le SIDA » ; épisode 08 : « Les cathos c’est chaud » traitant de la pédophilie chez les catholiques ; Episode 17 : « La Chute Du Traîneau Rouge » qui parle de Noël en Irak ) et des personnalités politiques dans la saison 10 (épisode 10 : « l’homoursporc » avec la présence de Al Gore) puis la saison 11 (épisode 4 : « Chattomique » avec Hillary Clinton) et la saison 12 (épisode 12 : « about last night » présentant toutes les plus grandes personnalités politiques de la dernière élection américaine). Au contraire certaines séries, comme « Family Guy », semblent ne pas se démarquer assez du modèle premier que constituait les « Simpsons », ils sont alors accusés par le public de plagier le modèle. Ce qui n’est pas le cas de « South Park », qui ne relate pas les frasques d’une famille américaine type, mais des mésaventures de 4 garçons stéréotypés (un garçon obèse, un garçon pauvre, un garçon juif et un garçon de la middle class américaine) dans la ville de South Park. L’évolution de la série entraînera la création de nombreux personnages secondaires, devenant parfois les personnages principaux de quelques épisodes. Dans la durée, la série ne semble pas se concentrer exclusivement sur la vie des 4 garçons mais plutôt sur l’ensemble de la ville. Alors que « Family guy » faisait la couverture de « MAD » (célèbre magazine satirique américain) avec ses personnages habillés dans les habits des personnages des « Simpsons », « South Park» se prévalait d’une image originale, se détachant de la mouvance dont il appartient.

Ce que les réalisateurs ont voulu dire, ce qu’ils n’ont pas pu dire :
En se basant sur les interviews de Trey Parker et Matt Stone, on peut d’ores et déjà statuer que le but principal de la série est de faire rire (« my job is to tell a fun story of a little kid and what he’s doing »1) dans un but apolitique (« but we try to never let that interfere with the story. You know, getting up and preaching our politics »1), ou tout du moins « indéterminé politiquement » (« my very favourite shows are the ones where we’re absolutely, positively, totally, purposely confusing. Like, “What the fuck did you mean by that?” “I like those the best, where we purposely try to be politically confusing. »1). Malgré les nombreuses controverses, que l’on analysera dans la troisième partie, les réalisateur se targuent de ne pas être influent politiquement (« And anyway, really, if you’re going to base your vote on what you saw at a puppet movie, seriously, dude, you shouldn’t be voting. »1 )
De plus, alors qu’il était flagrant que dans les premières saisons, les réalisateurs ne traitaient que la vie des 4 petits garçons et des “people”, la série subira des changements et s’intéressera de plus en plus aux événements socio-politiques nationaux ou internationaux. Ce qui influera, d’une part sur la réception des fans de la “première génération” et sur la réception de certains Etats au sujet de certains épisodes. D’ailleurs, la chaîne américaine qui la diffuse, bien que surfant sur la vague de succès de South Park, limite parfois les réalisateurs. Ainsi le double-épisode nommé “cartoon wars” de la saison 10, se verra censuré par la comedy networks en raison du respect religieux2 (On pouvait voir dans cet épisode une représentation de Mahommet). Cette anecdote nous permet de constater que les buts des réalisateurs ne coïncident pas systématiquement avec la ligne éditoriale de la chaîne. Il se passera la même situation dans d’autres pays qui diffuse la série où certaines chaînes refuseront de passer certains épisodes (comme la Paramount en Angleterre ou Game One en France) ou re-classifieront la tranche d’âge (South Park, à partir de la saison 11, passe de TV (audience mature) à TV MA LV (Audience mature, Langage, Violence)). Comme une sorte de réponse à cette censure, les réalisateurs mettent en place « South Park Studio », plate-forme de streaming légale où chaque épisode peut être visionné gratuitement.
Je vous conseille de regarder la suite de l’interview sur Youtube
Grand Deux : Le produit langagier : Rupture visuelle, vulgarité
Tout d’abord, « South Park », en tant que série, est bien évidemment une télévision de montage, donc qui “résulte de deux opérations techniques successives : le tournage (dans ce cas là de dessins et collages approximatifs) puis le montage”3 qui articule les différentes séquences. Toutefois cette télévision de montage d’une durée de 22 minutes n’est pas scindée en deux (fiction ou documentaire) comme elle l’est habituellement. Notamment car au fil des années, « South park » a su rebondir sur des sujets d’actualités de plus en plus rapidement. Ainsi l’épisode sur la victoire d’Obama s’est vu montée la veille de sa victoire pour le lendemain. La série nous propose alors un univers agencé et d’intégration, c’est à dire qu’elle s’ancre durablement dans des médiations entre scénaristes, producteurs, réalisateurs, diffuseurs etc. . Malgré ce que nous révèle l’analyse, elle ne se déconnecte pas du réel comme soulignée précédemment. « South Park » semble alors être une série ayant pour but de “parler de tout” en passant du simple fait divers jusqu’au 11 Septembre ou la victoire d’Obama. Il est donc difficile de dégager une orientation thématique précise, si ce n’est le fait de la capacité des réalisateurs de récupérer tout les sujets sociétaux pour en rire.
La structuration
La caractéristique principale de cette série, comme de nombreuses séries, est de s’inscrire dans une sérialité. Bien que cette phrase semble tautologique, il faut comprendre le terme “sérialité” au sens où l’entend Umberto Eco quand il parle de production en série c’est à dire “la répétition de motifs agréables et déjà connus”. Toutefois ce n’est pas une pure répétition, mais plutôt des schèmes que l’on prend plaisir à retrouver où « la série fonctionne sur une situation fixe et un nombre restreint de personnages »4. Par cette définition, nous pouvons discerner de nombreux événements qui reviennent périodiquement dans les épisodes. Ainsi la mort de Kenny (un des petits garçons) est un événement redondant de la saison 1 à la saison 5 qui, en plus de contribuer à un comique de répétition, symbolise l’esprit de la série à travers ce type d’événement. Il existe d’autres événements redondants tels que certaines phrases ou onomatopées (« oh mon dieu ils ont tués Kenny », « je vous emmerde et je rentre à ma maison », « mmmh okay »…)qui symbolisent, elles aussi, l’identité de la série. Ce type de répétition à la vulgarité déclarée, et frôlant parfois, le mauvais goût, est voulu par les réalisateurs, qui, au travers de cette répétition assènent un message et une identité à la série : une réputation de série sulfureuse.

La structure du récit est, quant à elle, souvent classique dans chaque épisode. Elle se déroule en 4 temps successifs : Une situation initiale, un élément perturbateur, une aventure puis la solution. Toutefois, il faut souligner que contrairement au règles du conte de Vladimir Propp5, la solution n’apporte jamais un changement de situation pour les 4 garçons mais plutôt un retour au point de départ. Et aussi, bien qu’ancrée dans une sérialité intrinsèque, elle n’opère pas de « suite au prochain épisode ». Ces épisodes partagent donc des caractéristiques communes mais sont constitués d’histoires indépendantes comme les Simpsons, Family Guy etc. . Ces effets de reproduction de symbole et d’épisodes indépendants les uns des autres permettent à la série de se constituer une solide base de fans (qui ont pour la plupart la capacité de repérer les intertextualités entre chaque épisode), de s’ouvrir continuellement à de nouveau public et d’explorer continuellement de nouveaux sujets.
Analyse sémiologique
Un épisode de 22 minutes :
Connotation du titre :
Le choix du titre de la série n’est pas anodin. Les noms propres « South » ou « Park » sont très usités aux Etats-Unis pour désigner des lieux, des petites villes ou des places. Ainsi l’agencement de ces deux mots pour former le nom d’une ville connote le fait que « South Park » est une petite ville typique. D’ailleurs, suite à nos recherches sur ce nom, nous avons trouvé un musée à ciel ouvert, sorte de reconstitution de village des colons américains se nommant « South Park » et se situant au Colorado, région de naissance des deux réalisateurs. Le lien est rapidement fait.
Musique :
La musique du générique, bien que très connue par les fans, n’est pas reprise à l’intérieur même des épisodes. Et, les musiques, utilisées dans les épisodes, sont variées et toujours utilisées à contre-emploi. Par exemple, une musique triste illustrant une séquence supposée forte en émotion, sera tournée en ridicule par le fait même qu’elle meuble une séquence déjà ultra-stéréotypée et codifiée. On peut noter, aussi, la présence d’une courte introduction musicale après le générique (3 notes de guitare sèche) au fort accent country, permettant de connoter le nom de la ville (sourth park : Parc Sud).
Jeu des formes et des couleurs :
Le jeu des formes et des couleurs est ici très important. Notamment car les couleurs choisies pour le dessin animé sont vives et très contrastées. Au même titre que les personnages « cris ou parle fort », les couleurs sont “criardes” accentuant le caractère volontairement puéril de la série. De plus les personnages et les décors semblent être fait de collages, de brique et de brocs et sont animés approximativement, qui en plus de représenter le caractère enfantin, s’inscrivent en rupture avec le produit langagier vulgaire et mature. Il est à noter qu’au début de sa diffusion la série avait peu de budget pour sa production et que maintenant, même avec un budget et des possibilités plus larges, les réalisateurs restent sur ce mode d’animation. Cela souligne donc une réelle intention et une réelle démarche artistique de leurs parts.
Analyse Typographique :
La typographie varie selon l’ambiance que l’épisode voudra instaurer et s’inspire des canons des genres de films qu’il veut parodier ou imiter. Toutefois, les crédits de fin affichent une typographie particulière à South Park. Celle-ci est composée de mots de différentes couleurs au sein d’un même écran, ce qui nous rappel les lettres magnétiques de couleurs utilisées pendant notre enfance pour nous amuser. Cela renforce encore plus le caractère graphique très enfantin de « South park », déjà souligné par l’effet « collage d’enfant » très prononcé du dessin
L’ouverture :
Le générique symbolise à lui seul le dispositif choisi par « South Park ». Tout d’abord, en guise de message préventif, nous avons un écran d’information nous avertissant que l’émission qui va suivre contient des « personnages et des événements -même ceux qui sont basés sur des faits réels sont entièrement fictionnels. Toutes les voix des célébrité sont (mal) imitées dans cette série. Ce programme contient un langage grossier et à cause de cela, il ne devrait être vu par personne ». S’ensuit un générique avec des coupes de montage incessantes, successives et rapides. De plus, le générique est chanté par Trey Parker et les enfants qui crient, plus qu’ils ne chantent. Cette chanson nous invite à visiter South Park peuplé de “gens biens comme il faut”. Encore une fois, les réalisateurs jouent sur le contraste des images violentes et rapides du générique et ce que chante les enfants. La succession d’extraits très brefs de la série, ou d’autres séries ou émissions, dans le générique, se finit par la monstration de tous les personnages de la série placés derrière le panneau de la ville de South Park. L’ouverture rassemble donc une masse d’information censée démontrer que la série peut être “tout et son contraire”.
La fermeture :
La fin, quant à elle, adopte souvent le même principe. La plupart des épisodes propose une fin abrupte (pas de fondu au noir ou de volet de fermeture) qui enchaîne directement de l’épisode à l’affichage des crédits. Alors que les premières saisons étaient, quant à elle, marquée par des leçons de morale délivrées par Kyle ou Stan, les épisodes se finissent maintenant au gré de la volonté créatrice des réalisateurs qui varient d’épisode en épisode, ce qui permet à la série de ne pas trop s’essouffler en étant trop prévisible.
Les identités sociales personnages :
Même si il est impossible de parler de « gestion de parole » comme nous propose la méthode d’analyse des talk-shows, il est nécessaire d’analyser la parole des protagonistes de « South Park » ainsi que leurs statuts choisis par les réalisateurs afin de comprendre leurs natures et leurs places dans la série. Le manque ou la surabondance de parole de certains protagonistes traduise le plus souvent un effet voulu par les réalisateurs, voir un message de ces derniers.
Comme souligné précédemment, South Park raconte l’histoire de 4 enfant agés de 9 ans. Il y’a Stan March, caricature de l’enfant middle class dont le père est géologue et la mère au foyer, Kyle Broflovski, enfant de religion juive dont la religion est sur représentée dans sa famille avec pour caricature une mère possessive et un père avocat. Puis il y’a Eric Cartman, le garçon le plus turbulent prônant ouvertement des thèses racistes et antisémites, contrairement à ces autres camarades Eric est obèse et ne l’assume pas (une phrase revenant souvent comme un leitmotiv lorsque son obésité est évoquée : « Ch’uis pas gros, j’ai une ossature lourde ! » ). Enfin il y’a Kenny, petit garçon dont les parents sont d’une extreme pauvreté. Celui-ci porte constamment un anorak orange ainsi qu’une capuche l’empêchant de parler.
Les relations que les réalisateurs ont décidés de faire entretenir entre ces 4 protagonistes ne sont pas anodines. Ainsi Eric et Kyle se vouent une haine mutuelle, le premier reprochant à l’autre d’être de confession Juive. Alors que Stan, bien qu’étant du coté de Kyle, ne prend pas part à la «bataille» entre les deux personnages. Quand à Kenny McCormick celui-ci est aussi moqué par Eric qui souligne son extrême pauvreté ce qui provoque, le plus souvent, les rires de Stan et Kyle. Stan et Kyle entretiennent, quant à eux, une amitié classique pour des garçons de leurs âges. Alors que Stan, Kyle et Kenny semblent les « héros positifs » de l’histoire, Cartman est l’anti-héros et parfois le méchant de l’épisode. Toutefois, même en jouant le rôle du “méchant”, il demeure dans le collectif des 4 garçons d’un épisode à l’autre bien que les 3 autres garçons ne le considèrent pas comme un “ami”, il l’appel d’ailleurs par son nom de famille et non par son prénom. Ce schéma de relation, n’évoluant jamais entre les épisodes, il participe à la sérialité évoquée plus haut.
Ces personnages sont mise-en-scènes, selon les épisodes, dans des situations extraordinaires (sauver leur pays, sauver leurs villes de monstres géants, éradiquer le SIDA…) ou dans des situations et des problèmes de la vie quotidienne qui se transforment le plus souvent en situations comiques et absurdes au fur et à mesure que l’épisode se déroule. Et, c’est dans cette typification des personnages, où chacun représente une frange de la population américaine, que l’on peut déceler un processus de dénonciation ou tout du moins de monstration des classes sociales américaines par les réalisateurs. Ainsi Stan est un garçon introvertie aux capacités moyennes représente à lui seul la middle class, Kyle est tiraillé entre son judaïsme et l’antisémitisme de Cartman. Cartman est lui un gros consommateur de télévision , sa présence symbolise et dénonce alors la surconsommation télévisuelle et/ou la “malbouffe”. Quand à Kenny, il rassemble de nombreuses caractéristiques de la classe pauvre aux Etats-Unis qui est sous représentée dans les médias (Kenny n’occupe jamais de place importante dans les épisodes) et dont on entend pas suffisamment dans les médias (Kenny est dans l’incapacité de parler à chaque épisode à cause de son anorak orange).
La programmation et les effets combinatoires
Sur la plupart des chaînes qui la diffuse, South Park est programmé en troisième partie de soirée comme nombre de dessins animés satiriques américains. Il est alors agencé entre des programmes courts et moyens, durant d’ailleurs, lui même, 22 minutes. Sur cet horaire, il touche principalement les jeunes adultes (comme on le verra dans la troisième partie) qu’on suppose se coucher tard et friands de ce genre d’émission. Ce genre d’émission qui joue sur un comique de répétition et trouve son originalité constamment dans des doubles contradictions comme un dessin digne d’un enfant mêlant un produit langagier adulte, un générique aux paroles courtoises mais aux images violentes et rapides et une typification construite des classes sociales américaines contrebalancée par un humour scatologique et sans réelles intentions réflexives que celui de faire rire.
La réception
Comme on a pu le voir dans la première partie, les réalisateurs se targuent d’une image apolitique prônant un « politiquement incorrect » assumé au sein de la société américaine. Toutefois au fur et à mesure des saisons, la série évolue et se révèle plus complexe et les publics se diversifient et conçoivent la série différemment.
Par de nombreuses protestations de stars caricaturées dans la série, par l’utilisation de la série par ses réalisateurs pour répondre à ses détracteurs ou par les nombreuses censures qu’elle va subir à travers le monde et même dans son propre pays, « South Park » va devenir plus qu’une simple série comique comme peuvent le déclarer ses créateurs.
La réception des publics favorables à la série :
Même si il est difficile de réunir des données conséquentes pour se faire une idée du public type de « South Park », on peut se pencher sur le type de public regardant la chaîne qui la diffuse. Comedy Channel a donc un public composé à 60% d’homme qui ont entre 25 et 34 ans6. Il en va de même pour la chaîne française Game One qui diffuse en ce moment la série7.
Pour une émission diffusée sur le câble, South Park est le show (particulièrement avec sa première saison) qui a battu des records d’audience. C’est la série la plus regardée pour une chaîne câblée (6,2 Millions pour l’épisode de la première saison). Néanmoins, South Park verra son audience tomber à un million de téléspectateur à partir de la troisième saison puis remonter et se stabiliser à environ 3 millions de téléspectateurs par semaine8. En plus de sa rencontre avec le public, South Park reçoit de nombreux prix émanants de la profession (Emmy Awards, Annie awards, Cable ACE awards) mais aussi de diverses associations (National association for the advancement of colored people awards, Gay & Lesbian alliance against Defamation awards).
C’est peut être cette déferlante de prix et sa forte audience qui amènent les gens à penser « South Park » comme une tribune ou un objet télévisuel politisé et contestataire envers les Etats-Unis. Les Médias français parle “d’attaque” quand il s’amuse de l’obamania9 et certains Blogs leurs prêtent des idées anarchistes de libre-penseur. Hors l’un de ses deux réalisateurs se révèlent être adhérant du Partie libertarien (qui prône notamment la déréglementation du marché, la baisse de l’impôt sur la fortune etc.). Il semble donc qu’une bonne moitié du public attribue beaucoup de “sens politique” à une série qui ne semble ne pas se préoccuper de dégager un sens politique ou idéologique.
Typologie des détracteurs : les grandes figures

Les détracteurs, surtout aux Etats-Unis, savent se réunir derrière une cause. « South Park » est donc une cible et une menace pour les organisations puritaines américaines et pour de nombreuses personnes connues
La réception de certaines organisations : l’exemple du PTC
Alors qu’en France, les organismes de « surveillance » des programmes télévisuels se limitent le plus souvent aux contrôles effectués par le CSA (et quelques associations comme le BVP), l’histoire aux Etats-Unis se révèle bien différente. Tout d’abord car il existe dans ce pays, des associations qui se dédient à la surveillance de diffusion des programmes en plus de la présence de la Federal Communications Commision10 . Pour notre étude, nous nous sommes basés sur la plus importante d’entre elles, la Parents Television Council. Il est à noter que ces associations sont, pour la plupart, dirigées par des conservateurs et/ou des républicains. Cette association note donc les émissions diffusées à la télévision et donne des conseils aux parents pour que leurs enfants ne soient pas « confrontés au sexe, à la violence et à la vulgarité à la télévision » (« that children are not constantly assaulted by sex, violence and profanity on television » ). L’entreprise pourrait semblait louable si l’évaluation risquée de l’émission n’était pas liée à un jugement de valeur. Par exemple, à propos de la série Heroes, celle-ci est considérée comme “dangereuse” pour les enfants car « elle repousse les limites de la décence ». On peut donc s’avancer à dire que le PTC, qui se targue d’être une association à but non lucratif, possède aussi un fort potentiel idéologique qui influx sur la réception de la série par les foyers américains. Ainsi « South Park » devient une sorte de figure de proue de ce qu’il est nécessaire de condamner à la Télévision. D’ailleurs, alors que les « Simpsons » et « Family guy » figurent dans l’évaluation des programmes Télévisuels du PTC, « South Park » n’y figure pas, elle semble être “persona non grata” et “qu’il ne semble pas nécessaire d’en parler”. Nombreuses fois critiquées par le PTC, les réalisateurs répondront par un épisode, comme à leurs habitudes, ouvertement politiquement incorrect ( saison 4, épisode 06 : “la mort”). Episode où la mère d’un des petits garçons sera occupée à militer pour l’interdiction d’une série vulgaires à la télévision alors que pendant ce temps son fils essaye de tuer par tout les moyens son grand père. On constate alors que les réalisateurs ne conçoivent pas la série juste pour faire des épisodes “amusants et confus” comme relever en début d’analyse, mais aussi pour répondre à leurs détracteurs. La série porte alors l’habillage d’un droit de réponse plus ou moins explicite qui permet une violence de propos impossible dans un droit de réponse classique.
Les personnes publiques caricaturées dans « South Park »
De Nombreuses personnalités se sont vues parodier dans cette émission. Nous ne reviendrons pas sur toutes les controverses qu’a connue la série depuis son lancement. Le nombre des affaires indiquent d’ailleurs bien que « South Park » est plus qu’une simple série animée “amusante” et “immature”. Revenons toutefois sur la controverse de l’épisode 12 de la saison 9 (“piégé dans le placard”) qui trouvera même un écho dans la presse française11. Dans cet épisode, la scientologie est dénoncée comme une “arnaque” en mettant en scène des stars connues (Tom Cruise et John Travolta principalement) les tournant en ridicule. Cette épisode décrié entraînera des tensions entre Tom Cruise (voulant que l’épisode soit interdit de rediffusion) et les producteurs de South Park qui dépendent du même groupe de média (Viacom). De plus la diffusion de cet épisode provoquera la démission d’un des membres de l’équipe de doublage étant lui même scientologue. Au travers cette controverse, South Park ne semble plus une série inoffensive au vu des dires des réalisateurs, mais comme un véritable objet de communication pouvant nuire à certain, dans ce cas-là la scientologie.
La réception : conséquence de l’intertextualité12 et la parodie entre « Simpsons », « Family guy » et « South Park ».
On dénombre un nombre important d’intertextualité entre les séries que sont Les « Simpsons », « Family guy » ou « South Park ». Cette intertextualité varie selon les appréciations des réalisateurs sur ces 3 séries. Ainsi l’intertextualité dans South Park (épisode 10 et 11 de la saison 10 : « Cartoon wars ») à l’égare de « family guy » est toujours dépréciative, on parlera alors de parodie, contrairement à l’intertextualité que pratique south park sur les « Simpsons » (épisode 10 de la saison 6 : « les simpsons l’ont déjà fait » ) ou les « Simpsons » sur « South Park » (saison 14 épisode 21 des simpsons : « et la cavalerie arriva ») qui est appréciative. La différence entre la parodie et l’intertextualité se distingue, de nature, grâce au dessin et au produit langagier proposé. « South Park », bien que sillonnant sur les traces des « Simpsons », a su se démarquer et obtient la reconnaissance des pairs, alors que « Family guy » se voit moquer dans les « Simpsons » et « South Park » pour son manque de distinction avec le modèle de base.
South Park et sa réception à l’étranger

Comme de nombreuses séries américaines, South Park subit des interdictions de diffusion dans de nombreux pays. Hors il est plus intéressant de souligner quelques interdictions peu communes pour une série américaine. Tout d’abord en Russie où la série est en procès après la diffusion d’un épisode jugé pour “incitation à la haine religieuse”13 (Episode 10 de la saison 1 : « Mr Hankey ») mais aussi, plus singulièrement, en France où un épisode ne fut diffusé que deux fois et n’eut aucune diffusion sur la chaîne qui habituellement la diffuse. En effet l’épisode “G-win” traitait de l’homosexualité féminine et les diffuseurs (Game One) se sont retenus de diffuser l’épisode de peur de tomber sous le couperet du CSA.
La Conclusion de tout ça
Comme on a pu l’observer tout au long de notre analyse, « South Park » est un produit cohérent qui répond parfaitement à la programmation de la chaîne, voir qui défini l’identité de la chaîne. Il a su optimiser son dispositif qui s’articule autour de la rupture qui s’opère entre le produit langagier et le dessin enfantin.
Le pôle réception souligne, quant à lui, la diversité du public constitué autour de « South Park ». D’ailleurs il est intéressant de se pencher sur ceux qui considèrent la série comme un véhicule d’idée progressiste forte et voient une critique acerbe des Etats-Unis, alors que d’autres la voient comme un divertissement parmi tant d’autre. L’étude de la réception ne pouvait se contenter de l’analyse des publics regardant régulièrement le show mais aussi, surtout pour ce type de série, de l’étude de ses différents détracteurs afin de comprendre la série dans sa globalité. C’est cette pluralité dans la réception et ses nombreuses controverses qui montrent que « South Park » est autre chose qu’une simple série d’animation comique mais un produit médiatique politiquement et socialement fort.
Le succès et la reconnaissance de cette série s’explique donc par la cohérence de son univers, son originalité de forme (rupture dessin et produit langagier), sa démarcation avec le modèle de base qu’était les « Simpsons », et l’omniprésence des réalisateurs faisant partie intégrante de la communication autour de la série et dans la série.
N.B. : Vu la quantité de texte… Je n’ai sans doute pas repéré toutes les coquilles! Je m’en excuse d’avance…
























C’est bizarre,j’ai bien compris (sans doute parce que je connais bien ton sujet d’étude et que tu m’as déja expliqué ton dossier) mais en même temps je trouve que certaines choses sont traités assez superficiellement et certains termes ( comme intertextualité) auraient pû être définis pour la compréhension du public non averti. Cependant je pense que les gens qui lisent ton blog sont tout à fait capable de comprendre ce que tu as écrit.
@Pablo : Dis moi ce que tu trouve traité superficiellement, c’est bien possible que j’ai du parler de certaines choses sans réellement les traiter.
Le souci, aussi, c’est que mon copier coller a fait que toutes les annotations de bas de page ont été enlevées.
Je viens de relire le dossier, et en fait mon impression de superficialité vient de la brièveté de certains paragraphes, qui cependant ont du sens. Par contre si tu pouvais t’arranger pour faire revenir les annotations :p
Bon alors je ferais peut être une zone téléchargement du PDF d’origine
Dossier et analyse très intéressante de South Park !
n’importe quoi. « kenny représentant la middle classe dont on scotch la bouche ect ect et kyle qui en réponse au désaroi et l’incomprehension de son ami stan lache un pet… » tous ça c’etait au bon vieux temps ou les deux cons précité etait encore et toujours cons.
aujourd hui south park c’est sa chaluer conveviable dans « la fureur de perdre »
sa débilté profonde et celle de randy charmant personnage dans « bloody mary » ou là est démontré l’esceptionnel mise en scene des real dans certaine cas : le contole du policier de l’alcolimie de randy.
la jouissance de » la coupe stanley » episode plein de bonheur et sympathie, ho mon dieu jouer de tel façon avec cliché tréotype des classique hollyhoodien c’est beau
que dire de rock crétien et le trio butters cartman et tokken, plein d’intelligence et d’humour biennnn fraiche. du pur bonheur
La colaition des personnage c’est ça south park aujourd’hui. la saison etant le sommum de tout ça. la saison 1 par conte est la pire merde jamais pendu par l’humanité et ça va en progressant durant les saison de façon positif evidement
que dire d’ »un episode chez les cow boys ou là ce qui rapproche scorses et les try-stone explose au yeux. : ce grand interet indeniable a chaque persos secondaire ou tertaire de la serie contrairement au simpsons ou a family gay qui ne s’inscrive jamais dans un continuité réel dans le caractere de leurs personnage…
c’est ça cause toujours
cette merde plus haut a ete faite par quelqu’un qui regarde south park sur premiere, sofoot et le figaro.
va donc découvrir ce que c’est que le charmant monde de south park ou eric cartman n’est pas une simple metaphore de quoi que ce soit mais un charmant et attachant personnage que nous aimons tous
hein fhurer
Tu dois avoir un peu de sable dans le vagin :-/
Salut a toi et merci pour cette analyse de la série qui est très intéressante…
Cependant je pense que le personnage de Cartman n’est pas assez mis en avant, il est devenu a mon avis le personnage principal de la série car il est au centre de beaucoup d’épisode des dernières saisons.
Et il est particulièrement savoureux. Pour moi, les réalisateurs s’en servent pour représenter l’homme mauvais. Il est raciste, manipulateur, violent, cupide, pervers, égoïste, égocentrique….On pourrait lui trouver encore une centaine de défauts et c’est ça qui est bon !
Son extrémisme amène un sacré dynamisme aux épisodes, et il symbolise aussi certain aspect de notre système, voir notre système lui-même Dans l’épisode Wall Mart où il représente le consommateur compulsif qui est l’essence de l’enseigne, plus généralement la base du système de consommation.
Dans l’épisode « 1% » de la saison 15, les réalisateurs font une caricature de notre société et des mouvements contestataires où Cartman représente la minorité qui pénalise la majorité. On voit d’ailleurs que cette majorité n’arrive pas a renverser la minorité car elle se divise en fonction de ses propres intérêts.
C’est pour moi une comparaison claire avec notre société actuelle où une minorité de personnes détient le pouvoir et l’argent, au détriment de la grande majorité qui n’arrive pas a s’unir pour contrer cette minorité.
Je pense que cette série est bien plus politisée que ses réalisateurs ne veulent bien l’admettre (une façon pour eux de se protéger et de faire perdurer leur création?)
Elle a beaucoup de niveau d’interprétations différents avec aussi il est vrai un côté très « trash » et provocateur.
J’ai grandi avec elle et c’est pour moi une des meilleurs série animés existante!
C’est sympa de trouver des analyses dessus, j’aurais aimé que tu parles plus des multiples interprétations possible des épisodes, mais ce n’était pas le but de ton article apriori!
Merci en tout cas!
Jonathan
enfin une analyse intelligente de cette série, ca change de tous les commentaires pueril du genre « ptdr cartman est un tueur jladore ce mec lol XD » qui pulule sur les sites de streaming……..