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L’imaginaire d’Internet selon P.Flichy (Partie 1)

de Powanono le 13 avril 2009

Une fois n’est pas coutume, je vais faire un billet en plusieurs parties. A la fin je mettrai l’ensemble dans un format PDF téléchargeable.

« Internet est le produit d’une combinaison unique de stratégie militaire, de coopération scientifique et d ‘innovation contestataire » Manuel Castells in la société en réseaux (1996)

Croire qu’Internet est qu’une technologie parmis tant d’autre, une évolution  logique d’un progrès technique, c’est  croire que celui-ci est un nouveau media détrônant les anciens offrant un nouveau “tout” originel : un nouvel espace public, une nouvelle économie, un nouvel individu…etc.

 

Patrice Flichy propose de réfléchir sur ces nombreux imaginaires et utopies qui ont participé à la diffusion d’Internet dans nos sociétés en s’aidant d’un corpus émanant des différents protagonistes et gourous d’Internet de leurs époques. De la genèse aux années 1990, il propose une rétrospective de l’aboutissement d’une utopie qui se transforme en différents imaginaires en s’appuyant sur les conceptions d’utopies et d’imaginaire développées par Paul Ricoeur.

Pour commencer ce billet nous verrons qui est Patrice Flichy et quelle type de réflexion il met en place pour analyser le sujet Internet.

 

 

I/ Petite Histoire de P.Flichy

A) L’auteur : son parcours, ses thèmes abordés.

Patrice Flichy est professeur de sociologie à l’université de Marne-la-vallée et est directeur de la revue “Réseaux”. Il  est le fondateur du laboratoire de sociologie du centre national d’étude des télécommunications (CNET), et occupe des fonctions de chercheur au sein du laboratoire techniques, territoires et sociétés (LATTS). Il s’ancre dans une sociologie des techniques, courant englobé dans la sociologie des sciences. Cette sociologie pense l’activité scientifique en tant que « structure sociale normée » et  refuse de se soumettre aux représentations délivrés par les acteurs de leurs propres activités. De plus, cette sociologie considère que l’activité scientifique est aussi déterminée par des facteurs sociaux et culturels. Elle soumet alors l’activité scientifique aux mêmes questions qu’elle se poserait pour n’importe quel milieu social.

Patrice Flichy fait donc partie intégrante de ce courant, toutefois contrairement au courant européen qui ne semble porter que peu d’intérêt à la place de l’imaginaire dans la sociologie des techniques, il s’inscrit dans le courant anglo-saxon pour expliquer l’importance de la dimension imaginaire dans le développement d’une technique. Pour cela il part des conceptions théoriques développées par le philosophe Paul Ricoeur sur l’utopie, l’idéologie et l’imaginaire dans « L’idéologie et l’utopie » (1997).

L’ouvrage L’imaginaire d’Internet publié en 2001, fait suite à L’innovation technique Récents développements en sciences sociales, vers une nouvelle théorie de l ‘innovation  publié en 1995. Dans ce précédent ouvrage de P.Flichy, celui-ci s’inscrit en défaut avec les thèses de Callon et Latour car ils éliminent toutes distinctions entre technique et société. De plus, il s’appui sur deux perspectives relevant de l’éthnométhodologie qui consiste en une recherche empirique des méthodes utilisées par les individus « pour donner sens et en même temps pour accomplir leurs actions de tous les jours » et l’interactionnisme, c’est à dire l’étude des processus et des actions sociales collectives. Grâce à cet ouvrage de 1995, il  développe sa thèse socio-technique de l’innovation et construit un modèle d’analyse de la technique et des usages qui réserve une place plus importante à l’usager. Enfin, il offre une typologie de l’innovation technique en 4 temps (préhistoire de l’innovation, Objet valise, Objet frontiére, solidification du cadre de référence socio-technique, verouillage technologique). L’imaginaire d’Internet semble donc la mise en pratique  des méthodes et conceptions exposées par le précédent ouvrage. Il est à noter que cette mise en pratique se fait à un moment important de l’histoire d’Internet : l’éclatement de la bulle Internet.

Pour mieux comprendre l’ouvrage de 2001, il est nécessaire d’expliciter la lecture de  L’idéologie et l’utopie (Ricoeur, 1997) effectuée par P.Flichy au début du livre. Tout d’abord, l’usage des mots  “utopie” et “idéologie” ne s’oppose pas au concept de réalité. Pour lui, il pense  « qu’il est plus intéressant d’opposer utopie et idéologie [...]l’utopie est ce qui permet de rompre avec la réalité actuelle, avec les technologies qui nous entourent ; l’utopie a également une fonction de mobilisation autour d’un nouveau projet. Cela n’est pas une sorte de fantasmagorie sans intérêt. L’idéologie est au contraire ce qui permet de réunir les gens autour d’une même vision technique ». L’association entre idéologie et utopie donnerait donc un ensemble de représentations plurielles qu’il appelle “imaginaire” ou les “imaginaires”. De plus l’auteur développe une typologie de l’utopie et de l’idéologie. L’utopie, cette “fonction subversive qui explore la gamme des possibles” (p14), se divise en 3 séquences successives. La première phase dite d’objet valise se constitue d’une utopie commune mais de projets divers voir opposés entre les acteurs. Cette phase, dite “utopie de rupture”, peut déboucher sur : un projet expérimental permettant d’expérimenter concrètement l’utopie, on parlera alors d’utopie-projet. Mais lorsque celle-ci ne peut déboucher sur aucun projet expérimental et fuit la réalité de la concrétisation, on parlera d’utopie-fantasmagorique. Quand l’utopiste devient expérimentateur, il se confronte non seulement à la technique mais à différents acteurs sociaux. Il devra alors trouver l’équilibre entre ces différents acteurs, non plus au travers d’un objet valise satisfaisant tout le monde par une utopie commune, mais au travers d’un objet frontière où chacun devra y trouver son compte. Tout cela se fait à l’aide de la constitution d’un mythe des origines où «  le contexte social particulier qui a rendu possible l’expérimentation est oublié, cette technique locale est alors présentée comme la nouvelle technique de base d’un nouveau fonctionnement social » (p16). Ce travail de déplacement transforme l’utopie en idéologie. L’idéologie selon l’auteur adopte 3 fonctions : celle de mobiliser des acteurs (idéologie-mobilisation), d’abandonner les alternatives (idéologie-légitimante)et masquer certains aspect de la réalité pour promouvoir le nouvel objet (idéologie-masque).

B) Le thème Internet

Patrice Flichy commence son ouvrage en évoquant « le cas d’une utopie qui ne s’est jamais concrétisée dans une réalisation technique » : les autoroutes de l’information . Celle-ci, est vécu, à l’époque, comme une utopie de rupture mobilisant de nombreux acteurs. Toutefois ces acteurs, qui se regroupent dans l’objet-valise que constitue “les autoroutes de l’information”, vont se révéler trop antinomiques entre eux. Cette antinomie entre les différentes arènes, industriels, la société civiles et le politique donnera lieu à un objet-frontiére “presque vide” (p35) et ne débouchera sur aucun programme à l’échelle nationale à la hauteur de l’utopie initiale. Pour unifier le privée et le public, Al Gore propose cinq grands principes censés permettre la réalisation des “autoroutes de l’information” : « encourager les investissements privés, promouvoir la conccurence, un cadre réglementaire flexible, un accés ouvert et un service universel » (p38). On constate alors que l’objet valise “autoroute de l’information”, présenté comme « une infrastructure globale[...]métaphore de la démocratie », se confond dés lors avec une idéologie politique libérale donc constitue une idéologie masque. Ainsi, Internet se verra greffer les espérances déchues et les idéologies manqués des autoroutes de l’information, devenant par voie de fait “le prototype des autoroutes de l’information”.

 

La suite au prochain billet :p

de → Geekeries

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